Atlanta en 3 lieux contournables

J’aime me flatter d’être plutôt tolérante  (d’ailleurs, je bannis tous ceux qui prétendent le contraire), mais il existe deux mots que je déteste : impacter et incontournable.

Impacter parce que j’ai l’impression que ceux qui utilisent ce mot, juste pour évoquer des conséquences, évoquent une collision entre un astéroïde et la planète Terre, ce qui est plutôt ridicule, lorsqu’on parle par exemple de résultats de sondage ou de consommation de margarine..

Incontournable, parce que je trouve terrible de recevoir des injonctions de la part de monuments ou sites touristiques (l’Empire State Building: un incontournable ! alors que si vous êtes sur la 5° avenue, il vous suffit de tourner à la 34° rue, et c’est contourné)  et se retrouver dans l’obligation de visiter des lieux ; le voyage étant plutôt, selon moi, une histoire de désir et de flanerie qui laisse sa place au hasard.

 A Atlanta, on peut donc contourner des sites touristiques comme CNN et Coca-Cola et même ne pas s’en approcher du tout, le quartier de Downtown, où on les trouve étant plutôt déprimant (un jour, vous me remercierez).

Il existe 3 lieux tout à fait contournables, mais que j’ai choisi de faire visiter à mes lycéens, que voici, sous leur meilleur profil matinal.

Voici pourquoi.

1- Atlanta History Center, quartier de Buckhead

L’Atlanta History Center, qui s’est tout récemment agrandi, est un musée agréable, gentil (il vous veut du bien), situé dans le joli quartier de Buckhead: résidences dans le pur style « demeures et châteaux ».

Si vous arrivez en avance au musée, ce qui pourrait bien se produire si, comme nous, vous êtes descendu d’un avion la veille et que vous vous êtes réveillés à 3 h du matin en étant persuadé d’avoir fait la grasse matinée, faites un petit tour dans le quartier, pour commencer la journée par une belle série d’éblouissements (le premier étant causé par votre toute nouvelle aptitude à être matinal).

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un de mes lycéens a déclaré qu’ici tout est beau, même les plots: la preuve !

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Mais passons aux choses sérieuses: le musée en lui-même.

Différentes expositions présentent l’Histoire d’Atlanta et de la Géorgie.

Commençons par la guerre de Sécession. Vous savez, quand Lincoln a commencé à parler d’abolir l’esclavage, jugeant qu’il était insupportable que la moitié des habitants d’Amérique appartienne à l’autre moitié; ça a mis en panique les Etats du Sud qui y voyaient un moyen de prospérer et de faire du commerce à peu de frais. Ils avaient bien fait le calcul: faire travailler jusqu’à l’épuisement un main d’oeuvre qu’on ne paie pas est la meilleure façon de s’enrichir. Ils craignaient alors que l’abolition de cette abomination pourrait impacter leur niveau de vie et ont décidé, en bons pères de famille économes et prévoyants, de faire sécession pour ne pas avoir à subir des lois dictées par l’éthique plutôt que par le profit.

L’exposition sur la guerre de Sécession retrace à travers des objets et des reconstitutions les moments importants et marquants de cette période.

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Quand on est un canon, on fait le beau, on se sent fier; mais si je vous dis que ce qui a tué le plus de soldats pendent cette guerre, c’est la dysenterie … ben, en tant que canon, on fait moins le malin.

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du côté des Confédérés, l’équipement de base…
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le superflu, pour remonter le moral des troupes

ruine et désolation

La visite se poursuit avec une exposition sur les Native Americans (ceux qui étaient là avant et à qui on a dit sans ménagement « poussez-vous que je m’y mette ») puis une autre exposition sur l’artisanat, notamment de belles réalisations en patchwork (quilt), et pour finir, une exposition sur les objets symboliques d’Atlanta, concernant le sport, la vie quotidienne, la presse, la religion, au XX° siècle.

Mais ce qui fait la particularité de l’Atlanta History Center, ce sont les maisons à visiter dans les jardin du musée.

On a commencé par la Smith Family Farm.

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Dans la salle à manger, une employée du musée restée bloquée dans le couloir du temps.

On a continué avec la Swan House, demeure du début du XX° siècle (les années 20)

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Décoration un peu chargée.. d’histoire.

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une vraie dame qui joue vraiment du piano, et une belle voix

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l’escalier magistral dans lequel il est plus facile de faire une sortie que son entrée (fine allusion à un moment épique où Kathleen a massacré ce qui devait être un moment de grâce et d’élévation)

On a terminé avec la maison au fond des bois (Wood family Cabin)

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Olivier s’est cru dans la petite maison dans la prairie, a tiré un bon coup sur ses bretelles, nous a commandé une tarte aux pommes et s’est mis à dialoguer avec les oiseaux en allant chercher du bois mort dans la forêt.

2- Martin Luther Link jr Historic Site

Le bus nous a ensuite déposés au Sweet Auburn Curb Market, où nous avons pris vite fait un repas sur le pouce avant d’aller vibrer au son de la voix de Martin Luther King, dans le petit musée qui lui est dédié.

Sur les murs d’Auburn Street: des mots, des héros, des messages, des idées. C’est toujours bon à prendre.

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Et puis, au Martin Luther King National Historic Site, on peut trouver d’autres mots, tellement forts, des idées tellement justes qu’elles se transforment en émotions.

Vous connaissez l’histoire: une fois, affranchis, les esclaves sont devenus des citoyens de seconde zone, amoindris et discriminés, humiliés et brimés; il ne leur restait plus que leur dignité, leur patience et leur détermination. Et Martin Luther King est devenu leur leader.

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La vie de cet homme impressionnant est retracée à travers des témoignages et ses combats à travers une exposition (photos, documents et extraits de discours); c’est modeste, comme lui, mais plein de choses essentielles et suffisantes pour nourrir l’esprit .

On peut ensuite se balader dans le quartier pour voir sa maison natale, l’Ebenezer Baptist Church où il a officié et sa tombe.

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sa maison natale
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Auburn Street, vue depuis la maison natale
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le tombeau et la reflecting pool.

3- Little Five Points

Prenez un quartier qui tombe en miettes, ajoutez-y quelques esprits créatifs, inventifs, des pots de peinture de toutes les couleurs, un goût certain pour l’indépendance, l’originalité, la provocation, le refus des normes. ça donne un endroit vivant et un vrai coup de fouet. On s’y est promené en visiteurs légers et insouciants. Une belle découverte.

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Sur Euclid Avenue

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à l’entrée d’un bar
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à l’entrée d’un pub

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Les Bonus à peine dissimulés en fin d’article:

Buckhead Atlanta History Center

Vous croyez naivement que pour bien démarrer la journée, il suffit d’un peu de Ricoré ?

Non non non.

En tout cas, en voyage scolaire, le mieux, pour bien commencer la journée, c’est de trouver une bonne mission pour les accompagnateurs.

Celle du jour, pour nous, qui venons d’arriver à Atlanta avec un groupe de 48 personnes, consiste en l’achat de 48 cartes de métro.

Nous voilà donc parties, Emilie, Dalila et moi par un froid matin de février en direction de la Station de métro de Sandy Springs dans le quartier de permettre center, qui aurait aussi bien pu s’appeler desert center.

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de grandes rues désertes, et pas un chat. Pas plus qu’aucun autre mamifère.

Heureusement des repères rassurants:

toutes les rues s’appellent Peachtree ici (peachtree street, Peachtree road, West Peachtree lane etc…, on sait déjà qu’on est à Atlanta .

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On arrive assez vite à la station de métro, et comme vous voyez, je suis dubitative. On doit acheter les cartes 1 par 1, répondre aux question de la machine comme si on voulait adopter un de ses petits: est-ce qu’on veut acheter ou recharger ? des tickets à la journée ou au trajet ? et combien de trajets ? et est-ce qu’on veut un reçu ?

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aucun problème pour digérer mon Ricoré: j’ai juste voulu faire une moue dubitative.

On s’acquitte assez bien de cette première mission et on rentre à l’hôtel pour la suivante: convaincre la valise de Martin, qui a pris la poudre d’escampette entre Bruxelles et Atlanta de nous rejoindre.

Petit problème….

En sortant de la chambre (sans doute avons nous claqué la porte) le loquet de sécurité, celui qui nous permet d’entrouvrir la porte pour ne montrer que la moitié  la plus avantageuse de notre profil, s’est refermé. Et nous sommes enfermée dans le couloir, qui sans doute est un espace commode pour circuler, mais pas le meilleur pour dormir, ni pour téléphoner à aucun service de bagage égaré.

Mais j’ai un joker, un atout secret: des copines pleines d’énergie et de bonne volonté, prêtes à défoncer la porte. La technique est simple; on n’a qu’à imaginer qu’on a un suspect à questionner.

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Bon, finalement, on a eu recours à une technique un peu moins violente pour la porte, un peu plus diplomate pour nos épaules,et, il faut bien l’avouer, un peu plus efficace: on a appelé au secours !

De retour dans notre chambre, on a pu passer les coups de fil nécessaires pour notre 2° mission: on a retrouvé la trace de la valise de Martin, qui, après une petite fugue à Amsterdam, a pris le vol KL073 pour Atlanta et devrait atterrir à 15 h 30 à Hartsfield International.

La groupe est parti avec un peu retard, dans notre quartier de Desert center.

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On a pris le métro jusqu’à Buckhead.

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ou plutôt, c’est le métro qui nous a pris pour nous emmener à Buckhead.

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A Buckhead, rues désertes, encore. Juste un camion de pompiers pour égayer les rues et réjouir notre imaginaire (Et rien à voir avec les 50 nuances de Grey; je suis persuadée que ces pompiers sont des amis qui nous veulent du bien)

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On a marché une bonne demi-heure, ce qui est insensé ici: les rues sont faites pour les voitures; quand on est piéton, on doit attendre un temps fou que le feu piéton passe au vert (nous en avons même croisé un qui ne connaît que le rouge)

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On est arrivés à l’Atlanta History Center juste à l’heure du repas, et nous avons pris nos sandwichs ou salades dans le coca-cola café, comme vous pouvez le constater….

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l’heure du coockie.

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Puis on s’est séparés en 2 groupes d’environ 24 (vous pouvez essayer de compter sur la photo)  pour visiter d’abord la Swan House, une demeure du début du XX° siècle.

On peut parler de  » demeure » au lieu de dire « chez moi » ou « à ma maison » dès lors qu’on peut se vanter d’avoir ce genre d’escalier majestueux.

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dans lequel on pourrait loger deux familles de Parisiens et 4 de Tokyoites.

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ou bien ce genre de chambre qu’on ne trouve pas à Ikea

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ou bien ce bureau de maître du monde

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ou encore ce genre de chambre d’enfants

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(bon, moi, je n’ai pas ce genre de chambre d’enfants, mais j’ai, en prêt, pour la semaine, les grands enfants…)

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et voici l’une des deux cuisines

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et l’autre.

la cuisinière est partie, mais de toute façon on a eu des cookies au café coca-cola et en plus on a une guide en tenue d’époque.

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Les Américains font souvent visiter leurs musées par des guides en tenue d’époque; c’est plus parlant, ce qui est un atout pour un guide.

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et la voiture de Monsieur.

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petite étude comparative: la photo sans moi….

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et celle avec moi….. ça, c’est palace !

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Deuxième partie de la visite: une ferme du 19° siècle: la family Smith Farm.

Avec un guide en tenue d’époque (faisant référence à une période de l’histoire américaine appelée « la moumoute edge »)

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la salle à manger, mais aussi, si on pousse les meubles, la salle des fêtes, ou encore la salle des réunions politiques ou encore un dépôt de munition pendant la guerre de sécession

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la cuisine.

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la case des esclaves.

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Troisième partie de la visite: le musée de l’Histoire d’Atlanta, avec une grande exposition sur la guerre de sécession.

En voici une petite synthèse.

Les Etats Unis sont une grande nation, mais double: le Nord et le Sud ont deux caractères très différents. Au Nord on a des principes et des usines; au Sud ont a du tempérament et des champs de coton cultivés par une main d’oeuvre providentiellement économique.

Lorsque Lincoln a été élu, le Sud a eu peur de son programme (un peu comme quand Mitterand a été élu et qu’on pensait voir les chars soviétiques rouler sur les Champs Elysées) qui pensait qu’une grande  nation ne pouvait avoir une partie de sa population réduite en esclavage.

Donc, le Sud, pensant que la meilleure façon de garder son mode de vie était de fermer la porter avec le loquet de sécurité, a fait sécession.

Le Nord ne l’a pas vu de cet oeil là: et voilà comment une guerre se déclare.

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les uns et les autres ont donc pris  leur plus beau couvre-chef une arme ou deux et ont planté leur tente dans un champ… de bataille.

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Finalement, les principes l’ont emporté sur le tempérament et la nation américaine est devenue une et indivisible.

et l’esclavage a été aboli.

mais quand même…..ATL HISTORY CENTER 2

Après cette journée dans l’Histoire du XIX° et du XX° siècles américain, le groupe est allé en apprendre un peu plus sur l’histoire de la société de consommation, au centre commercial, avec des guide en tenue d’époque, aussi appelés vendeurs et caissières.

Smaïn, Martin et moi devons quitter le groupe pour aller à l’aéroport pour récupérer la valise fugueuse. Mais avant de partir, Smaïn qui est notre indispensable gps dessine un plan pour qu’Emilie puisse guider le groupe jusqu’au Mall de Lenox Square.

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Et là, vous êtes d’accord avec moi: on peut dire qu’il est à nos pieds, non ?

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en traversant le quartier de Buckhead pour rejoindre le métro, nous avons encore vu de belles demeures

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mais pas que….

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Et puis, on a pris le métro, on est arrivés à l’aéroport national d’Atlanta, on a demandé notre chemin pour trouver le service des bagages perdus de Delta, on l’a trouvé, on a attendu notre tour, j’ai eu la mauvaise idée de manger un chocolat sur le comptoir, il avait un goût de fromage, j’ai n’ai pas pu le recracher car c’était notre tour, j’ai fait de belles phrases pour expliquer l’histoire de la valise qui vit sa vie à Amsterdam, le monsieur ne l’a pas trouvée dans ses registres, il nous a envoyés à l’aéroport international d’Atlanta, on a pris une navette pour aller à l’aéroport international d’Atlanta, on a demandé notre chemin en expliquant notre histoire, on a trouvé le bureau des bagages qui vivent leur vie, j’ai fait de moins belles phrases pour expliquer notre histoire (« our bagage is missing !), la dame n’a pas trouvé la valise dans ses registres, je n’ai rien mangé qui ait un drôle de goût, j’ai insisté pour qu’elle la trouvee, ça n’a rien donné, on a laissé l’adresse de l’hôtel en espérant une livraison rapide, on repris la navette jusqu’au métro, on rechargé notre cartes de métro, et on a pris la ligne jaune jusqu’au Lenox Square Mall.

Bref, on a pris le métro pour aller chercher la valise de Martin.

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