Sur la route à Memphis. »

Bon d’accord, je veux bien le concéder, et avec d’autant plus de bonne volonté que ça commence à se savoir, et j’ai conscience que je ne pourrai bientôt plus cacher la chose encore longtemps: je n’ai aucun sens de l’orientation.

Dès que je me pique de vouloir prendre l’initiative de l’orientation et de la direction qu’on va prendre pour aller d’un point A à un point B, je dois me retourner pour constater que tout le monde est parti dans l’autre direction. Je suis à moi toute seule un moyen infaillible de savoir vers où ne pas aller.

Pour quelqu’un comme moi qui aime bien voyager, ça pourrait sembler vraiment malheureux. Mais, ce qui me plaît, justement, dans le voyage, c’est la route en elle-même (voire même l’errance, je suis donc apte en cherchant mon chemin, à me satisfaire pleinement); et non l’efficacité du trajet. Tant mieux car malgré la patience et l’indulgence de mes compagnons de voyage qui continuent d’essayer de m’expliquer la logique du Nord et de la mousse sur les arbres, de la course du soleil et surtout les plans qu’on se procure à l’office du tourisme, où semble-t-il, d’après ce qu’on m’a dit, tout est indiqué de façon  limpide, là où je ne vois qu’un amalgame de signes chinois et de théorèmes de Pythagore. Et pourtant, je prends la peine, lorsque nous consultons un plan, d’afficher un air entendu, d’acquiescer et parfois même, j’émets un avis, rarement pertinent.

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Par exemple, ce matin, lorsque le bus a tourné autour d’un pâté de maisons victoriennes pour chercher un endroit où se garer, j’ai cru que le quartier comprenait deux fois plus de maisons historiques qu’il n’en comporte en réalité. Je n’ai jamais soupçonné qu’on avait pris deux fois la même route et longé deux fois les mêmes demeures historiques.

Un fois le bus garé, nous avons visité le « old victorian village » de Memphis, à pied. Les élèves les plus dociles ou curieux ont suivi nos indications et se sont dirigés vers une sorte de Cathédrale, pour aller la voir de plus près. D’autres plus confiants en leur sens des affaires et de l’orientation se sont dirigés directement vers Beale Street, la rue touristique de Memphis, tournant le dos à l’Old Victorian Village, et à mes recommandations sur la mousse sur les arbres et les théorèmes de Pytagore qui ne font que nous compliquer la vie.

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En bas à droite de la photo: mes compagnons de voyage, grâce à qui je ne me perds jamais.. enfin: jamais seule.

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dans ce quartier de Old Victorian village, c’est Halloween tous les jours: vieilles demeures qui grincent, famille Addams planqué derrière les rideaux, Dracula en embuscade au fond du jardin.

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et tatie Danièle qui fulmine au grenier.

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Certaines demeures se visitent, mais le week end et sur réservation

(le temps de ranger Fétide dernière la bibliothèque, celle qui s’ouvre lorsqu’on déplace un livre de géométrie)

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D’autres sont des « bed and breakfast », avec un petit côté « Arsenic et vieilles dentelles »

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En avançant vers le Mississippi (moi, personnellement, j’aurais pris dans l’autre direction, mais personne n’a écouté mon avis), on traverse le quartier de la Court House (le palais de justice). Certains bureaux d’avocats ont un petit côté « coupable » avec tous ces barreaux aux fenêtres.

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Et, on passe aussi devant une caserne de pompiers et un camion qu’on croirait sorti de « Cars ».

Vous ne le trouvez pas prêt à nous sourire ?

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Et puis une lance à incendie, un rien incongrue, qui semble prête, elle, à … rendre service.

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Et nous voilà sur Main street. Toujours pas de passants, ni de badauds, juste un vent glacial et quelques touristes français.

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enfin, je voulais dire : Smain street.

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Ambiance rétro.

Ces mannequins décapités, ça fait une présence, quand même, dans les rues désertes de Memphis en hiver..

Le midi, on mange au bon ton diner, un des 10 meilleurs des USA d’après ce que j’ai lu dans un classement sur internet.

Le plat cajun que j’ai commandé n’avait de cajun que le nom et la sauce: il s’agissait en fait du plat du vendredi à la cantine: du poisson pané et des frites; et la serveuse semblait vouloir tester en s’approchant de notre table un nouveau langage verbal inaudible où il était question du carré de l’hypoténuse et un nouveau talent dans l’art de la misanthropie à l’usage du touriste ordinaire.

Peut-être que je lis les « bests of »comme les plans: à l’envers.

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Malgré tout, la cerise sur le Sundae était extra.

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En cheminant vers le Musée des droits civiques…

les mots ont de l’importance, autant que les actes, surtout s’ils méritent qu’on s’en souvienne.

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Là, c’est juste écrit « Gibson factory » sur la fabrique de guitares Gibson.

Pas d’aphorisme ni de révélation murale. Tout n’est pas toujours signe.

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Sur la route du Lorraine Hotel, où Martin Luther King a été assassiné et où désormais on trouve le musée des droits civiques, chèrement et laborieusement acquis, dans les années 60 par les Afro-Américains, au prix de marches, de protestations massives et passives et surtout, je trouve, avec un sens du slogan, de la formule, du discours, du témoignage  qui en dit long sur le pouvoir des mots.

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la façade du Motel a été conservée tel qu’elle était en avril 1968; lorsque MLK a été assassiné.

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l’exposition commence par l’histoire de l’esclavage.

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la reconstitution du bus dans lequel Rosa Parks a trouvé, en décembre 1955, qu’elle avait assez cédé… sa place dans les transports en commun et dans la société américaine.

« The only tired I was, was tired of giving in » (Rosa Parks)

Après l’arrestation de rosa Parks, le boycott des autobus de Montgomery a commencé.

Et les femmes ont marché. Pas qu’elles, mais surtout elles. Pendant des mois, et des miles, quotidiennement.

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Reconstitution du bar de Greensboro, où des étudiants ont tenté de se faire servir à un comptoir réservé aux Blancs.

C’est le début des sit-ins.

Résistance passive, impassible, obstinée, têtue, malgré les coups, les crachats, les humiliations, les chiens policiers.

Initiative courageuse et contagieuse: un an plus tard, on comptait 3000 sit-in et 70000 personnes ayant participé à ce genre de protestation silencieuse.

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autre campagne (je devrais dire « compagne ») de boycott: il vaut mieux porter de vieux vêtements plutôt que de solder ses principes.

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reconstitution d’un bus de la liberté (freedom ride) emprunté par des militants de la lutte pour les droits civiques et contre la ségrégation: celui-ci a été incendié; il est arrivé que les militants qui se trouvaient à bord soient battus.

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la marche et les mots, tout ce que possédaient les Noirs pour protester et lutter.

Tous Rimbaud.

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Encore et toujours l’importance de dire et écrire les mots de la lutte

« If you can’t vote, then you are a slave »

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Derrière le cliché: le racisme.

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la marche de Selma, pour aller s’enregistrer sur les listes des électeurs.

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et la répression.

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à Memphis, les éboueurs font grève pour des conditions de travail plus humaines.

Je trouve cette photo extraordinaire.

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Martin Luther King est venu les soutenir… Il a prononcé un dernier discours, nous enjoignant à ne pas abandonner, à viser le sommet.

et s’est fait assassiner.

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sa chambre


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En quittant le musée, je me dirige d’instinct vers la mauvaise direction et malgré toute la logique dont je barde mes raisonnements topographiques, la réalité me prouve que je me fourvoie, dans un quartier un peu triste; et pas seulement parce que c’est là que MLK a été assassiné.

Finalement, j’arrive à Beale Street, en suivant les explications de Smaïn (en fait, en le suivant tout court, c’est plus simple que d’écouter ses explications, ce qui est aussi plus simple aussi que de les comprendre) à la recherche d’un endroit chaud et accueillant.

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Beale Street: des restaurants, des concerts, des boutiques de souvenirs.

avec, toujours, personne dans les rues.

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on est tenté par une caserne de pompiers mais ils sont un peu trop occupés, genre: on a quelque chose sur le feu, ou j’ai pas fini de briquer mon beau camion.
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on s’échoue sur les rives du Mississippi.

telles des sirènes, au coucher de soleil.

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des sirènes à capuches… certes.

ça casse la légende.

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un bateau à aubes: fermé.

alors, on retourne sur Beale Street et on se paie une bonne tranche de Blues.

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Emilie, Virginie, Dalila et moi, et le chanteur de blues, et Smaïn qui prend la photo.

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Et on finit la soirée au restaurant « Alfred’s on Beale street » avec un soirée Karaoké.



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on rentre à l’hôtel, passer la nuit avec Elvis (mais attention, ce qui se passe à Memphis reste à Memphis)

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Love me tender

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Love me true

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You have made my life complete

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All my dreams fulfilled

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Never let me go…..!

Une réflexion au sujet de « Sur la route à Memphis. » »

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